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Alexa Conradi est une anglophone diplômée du Concordia University.

Le Concordia University n’impose aucune limite au niveau des signes ostentatoires religieux. La burqa a droit de cité.  Le Concordia University , comparativement aux universités dans les pays musulmans, est à mille lieux de ce qu’eux permettent. Ici tout est permis.

Et Alexa Conradi, formée au Condordia University épouse ces valeurs.

Alexa Conradi défend les intérêts des islamistes radicaux et comme anglophone,  lutte de toute ses forces afin que la charte des valeurs québécoises ne prenne pas son envol.

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FFQ et ÉG du féminisme – L’esprit partisan est-il à l’origine d’attaques virulentes contre des féministes ?

par Pierrette Bouchard, Ph.D, politologue

Peut-être vous êtes-vous posé cette question en prenant connaissance du Cahier spécial du journal Le Devoir des 26 et 27 octobre 2013 sur les « États généraux du féminisme » : pourquoi des féministes de la FFQ portent-elles des accusations si sévères contre d’autres féministes au Québec ?

Le projet de Charte des valeurs québécoises serait-il la cause, la cible ou le prétexte de cette attaque déconcertante au sein d’un mouvement généralement perçu comme unifié dans sa lutte au patriarcat et à la discrimination systémique qui l’accompagne ?

Certes, depuis les débuts du mouvement féministe, ses divers courants ont divergé en maintes occasions, mais je n’ai pas souvenir d’une attaque publique directe comme celle-ci de la part d’une institution féministe.

Dans son intervention du 7 novembre 2013 « États généraux et FFQ – Un féminisme accusateur source de dissension », Johanne St-Amour (1) a bien montré la teneur et les implications de cette action pour le mouvement des femmes. De même, Danielle Beaulieu y a réagi par lettre, sous le titre évocateur « Désillusions », dans Le Devoir du 28 octobre 2013 (2). Elle y fait part de son « désenchantement total » devant « un tel ramassis d’injures et d’invectives dirigées contre d’autres féministes. »

Toutefois, il importe de le préciser, les reproches adressés aux féministes et aux femmes en faveur du projet de Charte des valeurs québécoises ne proviennent pas tous des féministes participant aux États généraux ou membres de la Fédération des femmes du Québec. Certains des jugements les plus acerbes sont venus de chroniqueurs et chroniqueuses en vue, dont Marc Cassivi, David Desjardins ou Francine Pelletier, d’autres censeurs du féminisme il faut croire. Mais la déconstruction de leur discours n’est pas mon objectif présent. Je voudrais plutôt chercher à comprendre l’animosité qui nous est destinée en faisant l’analyse politique du texte « Charte des valeurs – Qui suis-je pour déterminer quelle est la stratégie à avoir en tant que féministe ? » (3)

Bien que ce texte m’apparaisse en première lecture décousu, lacunaire et porteur de contradictions, le message qu’il diffuse tient à son titre provocateur et à cinq accusations non équivoques : impérialisme, racisme, xénophobie, exclusion, stigmatisation. Comme le note Johanne St-Amour : « On en vient à comprendre que les féministes interpellées et mises en cause, dans cet article comme dans l’ensemble du cahier, sont les féministes blanches, issues de l’Amérique du Nord, particulièrement les Québécoises de souche, laïques, hétérosexuelles, appartenant à la classe moyenne et étant relativement en bonne santé… Ces féministes seraient trop « privilégiées » et, donc, incapables de déterminer les priorités des luttes pour l’égalité. » Les exclues seraient « certaines femmes, notamment celles qui sont issues de l’immigration » ou les « migrantes ou citoyennes, les femmes des minorités ».

Le style de l’article

Voilà donc les protagonistes, selon la perception des participantes aux ÉG et des membres de la FFQ. Mais ensuite, quels arguments soutiennent ce choix de mots et, surtout, expliquent leur charge agressive ? Avant d’entamer l’exercice d’analyse du discours, voyons les imprécisions qui en rendent l’exercice laborieux.

Se côtoient, dans cet écrit, des généralisations (les Québécois), et des nuances (certaines femmes), indice que la généralisation est volontaire. « Les » Québécois ne devraient pas tenter d’imposer leur vision uniforme du féminisme ni exclure « certaines » femmes qui voient les choses autrement. Autre exemple : « Les » femmes des minorités stigmatisées… (On sait pourtant que des femmes de ces minorités se sont exprimées publiquement pour la Charte des valeurs).

Le flou et l’absence de contexte définissent de nombreux paragraphes. On peut ainsi lire que « certaines femmes ont hiérarchisé le féminisme »… Que signifie cette phrase ? Ce n’est pas clair. Hiérarchiser des courants du féminisme ? Des discriminations peut-être ? Il est ailleurs question de « résister à un discours impérialiste qui instrumentaliserait le féminisme pour justifier certains comportements ». Un discours qui instrumentalise… ? Un groupe, un parti ou un gouvernement instrumentalise. On s’y perd. On réfère aussi à un incident vécu par la présidente des femmes autochtones. Sans le mettre en doute, aucune précision n’est toutefois apportée sur le contexte, la personne qui s’exprimait, si des protestations se sont élevées dans la salle, etc. Sans ces précisions, l’exemple devient anecdotique, perd de sa force et ne colle pas au propos. De même, quelques citations d’auteures sont insérées sans arrimage avec le reste du texte. Quant aux contradictions, j’y reviendrai en conclusion car elles sont importantes.

Les arguments et les enjeux

Malgré ces lacunes, essayons de mieux cerner la logique qui permettrait de répondre à la question initiale ? Trois arguments ressortent.

1er : On impute au féminisme occidental, et québécois par ricochet, des caractéristiques colonialistes ou impérialistes. Zillah Eisenstein est citée pour illustrer, par exemple, que le « mouvement féministe actif » en Afghanistan s’en est trouvé « irrité ». De cet argument, on tire la conclusion que « nous » ne devrions pas exporter « notre modèle » de féminisme dans les autres pays qui ont déjà des organisations locales pour aspirer à l’égalité entre les hommes et les femmes.

Cette critique à l’endroit du féminisme occidental n’est pas récente. Elle a été adressée en premier lieu aux institutions internationales comme l’ACDI, l’UNESCO, l’ONU, ou encore à certains gouvernements. Est-elle fondée dans le cas des féministes du Québec ? Qui est ce « nous » ? On laisse volontairement flotter. Par ailleurs, faut-il rappeler, qu’en contexte québécois, « migrantes ou citoyennes, femmes des minorités » sont en situation inversée. L’on pourrait raisonnablement invoquer le même argument, à savoir que certaines d’entre elles « importent » une « perception précise », « une image étroite » ou « une vision uniforme » du « féminisme » de leurs organisations locales. N’y a-t-il pas là un lieu d’intervention pour les participantes aux ÉG et les membres de la FFQ ?

2ième argument : On ajoute à l’argumentation l’idée que le « féminisme d’ici » se donne une portée universelle. S’il a cette portée universelle, il proposerait donc la même vision des rapports hommes-femmes, ici et ailleurs. En quoi consiste cette vision, « uniforme », selon le texte ? L’auteure avance que certaines femmes d’ici soutiennent que « la plus grande discrimination qui soit, c’est celle des femmes, puis le reste, ça ne vaut rien ». Conséquemment, des femmes issues d’une minorité ethnique pourraient être désavantagées parce qu’elles sont sous une « double domination », celle du sexe et celle de l’ethnie.

Pourtant, cette conscience de la complexité des rapports de pouvoir et de leurs effets croisés a donné lieu aux concepts de double et de triple oppression dans l’histoire du féminisme. Il est ainsi nouveau de faire de cette complexité un champ d’oppositions quasi irréductibles entre perspectives récentes (intersectionnalité, post-modernisme, 3ième vague, queer ou individualiste) et féminisme de la 2ième vague (radical, essentialiste, socialiste, etc.) qui s’attarde aux rapports de pouvoir entre les hommes et les femmes, rapports qui font système. Dans le texte, une intervenante citée « prône [ainsi] un féminisme de choix, pluriel, qui aurait une signification différente pour chaque femme. » Ce positionnement résume le 3ième argument.

Francine Descarries (4) présente un bon aperçu de cet enjeu féministe :

    « Dans la conjoncture actuelle, tant le féminisme individualiste que le féminisme postmoderne m’apparaissent […] offrir une conception trop dépolitisée des rapports sociaux de sexe. Sur la base d’argumentaires par ailleurs fort différents, l’un et l’autre tendent à faire abstraction des conséquences concrètes des rapports de pouvoir qui entretiennent la division et la hiérarchie des sexes. Ils sous-estiment les enjeux culturels, socioéconomiques et politiques spécifiquement inscrits dans le corps et la sexualité des femmes, de même que les effets persistants et matériels de la division sexuelle du travail. Les femmes s’y retrouvent dès lors définies dans leur individualité (la femme) et par leur genre (féminin), et non en tant que catégorie sociale ou politique. »

Cette dernière remarque souligne à mes yeux la conséquence majeure du changement initié par ces approches axées sur l’autonomisation et l’individualisme : l’éclatement et par conséquent l’érosion de la capacité politique du mouvement des femmes ».

L’analyse politique

Ces arguments en soi permettent-ils d’expliquer pourquoi des participantes aux ÉG et des membres de la FFQ s’en prennent si vertement à d’autres féministes, qu’elles appellent « consoeurs » ? Des divergences idéologiques voient le jour, certes, mais comme par le passé, elles auraient pu s’exprimer en ateliers, lors de rencontres, de formations, de congrès ou encore dans des livres et des articles. Au bout du compte, elles ne suffisent pas à elles seules à répondre à la question de départ, à savoir : pourquoi ces accusations si sévères ?

Je soutiens que ces divergences servent de vecteur à une action politique, factuelle, qui s’inscrit, elle, dans un conflit partisan : l’opposition au projet de Charte des valeurs québécoises.

Alexa Conradi, la présidente de la FFQ, « est l’une des membres fondatrices de Québec solidaire, alors que la FFQ s’est toujours définie comme une organisation non partisane. » (5) Elle a assuré, au moment de sa nomination, que « ses allégeances politiques n’auront pas d’influence sur sa présidence. » Françoise David, députée de QS dans Gouin, a été présidente de la FFQ de 1994 à 2001. Dans un article de L’Aut’journal, « Québec solidaire, la Fédération des femmes et les accommodements religieux », Louise Mailloux documente l’existence des positions communes de la FFQ et de QS : « […] Pourquoi Québec solidaire et la Fédération des femmes entretiennent-ils une telle confusion [sur l’embauche des immigrants] si ce n’est pour nous culpabiliser et nous faire taire en suggérant avec un brin de mépris qu’il se cache derrière cet « énervement du Québec entier » un racisme voilé ? » (6)

L’intensité des débats autour du projet de Charte et la surenchère constante de la part des actrices et acteurs impliqués (personnalités, groupes, partis, institutions) stimulent la multiplication des coups de gueule. Compte tenu de la proximité politique entre la FFQ et Québec solidaire, on peut se demander si cette tribune ne constitue pas une plate-forme d’action pour continuer de dénoncer le projet du Parti québécois. Et si l’une des personnes interrogées pour le Cahier spécial « avoue avoir de la difficulté à comprendre ses consoeurs qui appuient la Charte des valeurs québécoises [et ne les trouve] pas solidaires », n’oublions pas que le forum des États généraux de l’action et de l’analyse féministes de la FFQ (14 au 17 novembre 2013) (7) s’inscrit dans cette même actualité. La pétition lancée, en septembre dernier, par le Rassemblement pour la laïcité et qui a recueilli à ce jour près de 55 000 signatures (8) ; la prise de position des Janette (9) en faveur de la Charte, ainsi que les nombreux appuis qu’elles ont reçus lors de la manifestation organisée en collaboration avec le Rassemblement pour la laïcité, ont sûrement ébranlé la portée (et peut-être même la légitimité) de la FFQ sur le terrain politique des discussions féministes.

Tous les partis d’opposition sont entrés dans la joute politique quant au projet de Charte (10). Ils sont tous unis, à gauche comme à droite, pour dénoncer le racisme et la xénophobie. La FFQ – et semble-t-il les États généraux du féminisme – se sont inscrits dans ce mouvement de dénonciation. Le ton offensif est donné dans le Cahier spécial des États généraux. Pour une intervenante citée dans ce Cahier, « la Charte [du] gouvernement péquiste instrumentalise le féminisme. [On lui reproche d’appeler] les féministes à se mobiliser au nom de l’intérêt national (11). L’utilisation de l’argument féministe permettrait […] de se détacher des allégations de racisme ou de xénophobie dans les projets de loi qu’ils proposent. »

De nouvelles possibilités de positionnement s’offrent à QS et à la FFQ sur le terrain de la lutte au projet de loi 60. Les États généraux du féminisme sous l’égide de la FFQ donnent l’occasion de continuer à en découdre avec les féministes pro-charte, une cible beaucoup plus facile à atteindre à court terme. Surtout si les médias, qui ont déjà fait leur lit, en font leurs choux gras. Sans compter des enjeux réels à l’interne comme à l’externe. Michel David signale, dans sa chronique du 14 novembre 2013 (12), que « L’interdiction du port de signes religieux pour tous les employés de l’État sans exception », tel que prévu dans le projet de loi 60, à quelques nuances près, recueillait l’appui […] de 34 % des solidaires (CROP, mi-septembre). » Bien sûr, les bases multiethniques de Québec solidaire, notamment dans les circonscriptions de Gouin (Françoise David) et de Mercier (Amir Khadir), commandent également un pragmatisme de terrain (13).

Conclusion

Alors, je reviens à la question initiale qui a inspiré ma démarche d’analyse, soit Pourquoi des féministes de la FFQ portent-elles des accusations sévères contre d’autres féministes au Québec ? J’en conclus : l’opportunisme politique. Le ton acerbe devient un moyen d’attirer l’attention en soi, de brasser les dés. C’est un outil contre la position du gouvernement, par personnes interposées, sans égard aux féministes visées (14).

En introduction, je me suis demandée si le projet de Charte des valeurs québécoises était la cause, la cible ou le prétexte de cette attaque déconcertante ?

Le projet de Charte du PQ est à la fois la cible et le prétexte de l’attaque, les femmes et les féministes qui appuient le projet en sont les destinataires, et la cause est partisane. Si, comme le souligne avec justesse ma collègue Francine Descarries, le mouvement des femmes doit prendre gare à la dépolitisation devant « la liberté de choix et l’action individuelle comme voies d’autonomisation des femmes », j’ajouterai de mon côté qu’il doit se prémunir contre les aléas de la politique partisane. La conséquence en est d’éloigner les femmes des objectifs que le mouvement s’est donné au cours des 40 dernières années.

La FFQ est-elle en train de bifurquer de son mandat ? A-t-elle déjà fait le choix de laisser de côté certaines femmes, blanches, de classe moyenne, hétérosexuelles, pro-charte… ? Finalement, n’est-on pas en droit de se demander qui intrumentalise une cause à des fins partisanes ? Qui divise les féministes et qui n’est pas solidaire ?

Ces contradictions posent les questions de l’indépendance de la FFQ et par le fait même de sa représentativité dans la conjoncture actuelle.

L’auteure

Pierrette Bouchard, Ph.D, est politologue et professeure émérite à l’Université Laval. Elle a été titulaire de la Chaire d’étude Claire-Bonenfant sur la condition des femmes de 2002-2006.